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Une expérience de catéchèse
par le théâtre
Les Étoiles de Dieu
Walburga Dederichs raconte ses expériences de catéchèse et surtout les mises en
scène qu'elle réalise avec des jeunes autour de textes bibliques ou d'histoires
religieuses.
Vous
êtes d'origine allemande... vous êtes arrivée au Canada en 1990...
Je travaillais pour une compagnie internationale en Allemagne. Un jour j’ai été
transférée au siège social à Bruxelles.
Et là vous
avez rencontré un militaire canadien ...
Le Bon Dieu nous a mis ensemble. Lui, il travaillait pour l’OTAN à Bruxelles. Et
moi je travaillais pour la boîte internationale. C’était peu probable qu’on se
rencontre.
Mais, les épouses de nos deux patrons faisaient de la peinture. Un jour l’épouse
de mon patron m’a invitée à un vernissage, j’ai acheté un tableau de la femme du
patron de mon futur mari, Marcel Gélinas, et voilà, le tour était joué. Par la
suite on nous a donné plusieurs occasions de nous rencontrer et prendre
connaissance, ce qui nous a finalement conduits au mariage.
Nous sommes arrivés ici, à Hull, en 1990. Notre fille est née en 1992. C’est un
peu elle qui a déclenché mon cheminement.
Je voulais l’élever dans la foi et j’ai commencé à lui lire des bibles à droite
et à gauche … en allemand, en français …
Là, j’ai découvert la beauté de la Parole. Chez mes parents, on allait à
l’église, mais on ne lisait pas la Bible. On était cinq enfants. Ça roulait,
vite, vite. Mais j’avais des grand-tantes, qui ont eu beaucoup d’influence sur
moi. Elles étaient très croyantes et elles nous enseignaient un peu plus que nos
parents.
Vous viviez où, en Allemagne?
À Düsseldorf. Après, je suis allée faire des études à Karlsruhe. Lorsque j’ai
commencé mes études, j’ai décroché un peu. Je n’avais plus d’encadrement.
Jusque-là, j’allais à la messe avec mes frères et après nous prenions toujours
le petit déjeuner chez ma grand-mère.
Mais à Karlsruhe, je ne rencontrais plus de gens qui étaient croyants. Je
n’allais plus à l’église.
Puis j’ai rencontré mon mari, Marcel Gélinas, qui vient de Shawinigan. Il était
pratiquant. C’est là que j’ai découvert ce que je cherchais tout le temps …
De là, j’ai recommencé. Je n’avais pas compris jusque-là le vide que j’avais, le
bonheur que je cherchais.
Après, vous avez eu le goût de travailler en Église.
Lorsque j’ai décidé de venir ici … je devais quitter mon pays, ma famille, mon
travail … je voulais avoir des enfants. J’avais 38 ans.
J’ai eu ma fille à 40 ans.
Je voulais faire tout ce que j’avais toujours eu envie de faire, mais sans avoir
le temps. J’ai commencé à chanter dans la chorale, à Saint-Raymond. Je parlais à
peine la langue française, mais ils m’ont tout de suite acceptée. J’ai été très
contente. Plus tard j’ai même osé animer des messes, mais seulement pour une
courte période, la raison étant que je suis tombée enceinte et j’ai été très
malade après le premier mois. J’ai donc fréquenté Saint-Pierre-Chanel, la
paroisse à laquelle j’appartenais et qui était plus proche de notre maison.
Ma fille est née en pleine santé. Quel cadeau du ciel, quelle merveille!
À travers elle, j’ai commencé à m’impliquer dans la paroisse pour les enfants.
Je me disais : J’enseigne la foi à ma fille, pourquoi ne pas faire profiter
d’autres enfants?
Un jour une mère m’a demandé si je ne voulais pas prendre la charge d’animation
d’enfants avec le programme des Brebis pendant qu’elle animait les parents
autour de la Parole de Dieu. C’était dans le cadre de la pastorale familiale.
C’est ainsi que je me suis impliquée au début dans le mouvement des Brebis.
Les Brebis, c'était quoi?
Les Brebis de Jésus, c’était aussi autour de la Parole. C’est un programme qui
vient de l’île d’Orléans. Les enfants qui suivent la catéchèse en bas de six ans
s’appellent les Agnelets et à partir de six ans ce sont les Brebis. Après ça il
y a les Pastoureaux, puis ceux qui deviennent vraiment des Prêtres et Pasteurs.
C’est très structuré, ça existe dans plusieurs pays du monde.
J’ai travaillé longtemps dans ce mouvement-là, mais c’était souvent difficile de
faire venir des enfants. Le problème était, entre autres, que c’était toujours
le même rituel. La Parole change et l’animation autour de la Parole change, mais
c’est toujours le même déroulement.
Avec les enfants, on ne peut pas toujours faire la même chose. Les enfants à la
fin commençaient à ridiculiser ce qui se passait.
Je me suis dit qu’il fallait trouver autre chose.
J’ai eu l’idée de mettre sur scène la Bible. J’ai eu la chance que l’agent de
pastorale a tout de suite accepté ma proposition.
En septembre 2003, j’ai commencé avec ce programme.
La première chose qu’on a faite, évidemment, on a préparé la Nativité. On a
offert notre premier spectacle à la paroisse, devant la parenté des enfants du
groupe, leurs amis et les paroissiens. C’était plus large. On commençait avec
l’Annonciation et on finissait avec la Visite des bergers. L’évangile de la
veille de Noël ne présente qu’une partie de la scène.
On l’a fait au complet pour une présentation et après on a pris la partie de
l’évangile pour la nuit du 24 décembre.
L’année suivante, en 2004, on a monté la Pâque juive. C’était très beau. C’est
toute l’histoire du peuple de Dieu, l’Exil, la Libération …
Vous réécriviez les textes?
Je prends la Parole, je me laisse inspirer et je l’adapte pour les enfants. Mais
je laisse aussi les enfants trouver les mots. Parfois ils reformulent, parce que
c’est plus facile pour eux d’apprendre … je prends des notes. J’écris ce qu’ils
disent finalement. Des fois les enfants corrigent mon français parce que ce
n’est pas toujours parfait. C’est un grand plaisir pour eux, parce que pour une
fois ils peuvent se sentir supérieurs á un adulte.
Je suis très contente que j’aie pu intéresser les enfants pendant plusieurs
années. Quelques jeunes sont entre-temps rendus au secondaire 1 ou 2. À eux je
peux confier la responsabilité de travailler avec les petits groupes, de monter
une scène à la fois … par exemple pour ce que nous préparons actuellement : « La
vie de saint François d’Assise ».
Donc cette-fois-ci les enfants écrivent les textes dès le début. Je leur ai
montré plusieurs films. Je les laisse feuilleter toutes sortes de livres au
sujet de Saint François d’Assise et du Moyen Âge, les Croisades et tout ça …
Les groupes travaillent en autonomie avec mon aide. Je circule. Je donne des
informations. Je les mets sur la piste.
J’ai des enfants de 4 à 14 ans.
Combien d'enfants font actuellement partie de votre troupe?
Dix-sept. C’est toujours autour de vingt. Il y en a qui déménagent ou qui ne
veulent plus faire partie de la troupe parce que c’est exigeant. On se rencontre
chaque samedi pendant deux heures et des fois nous travaillons même toute une
journée par exemple lors d’une journée pédagogique.
Combien de temps il vous faut pour préparer un spectacle?
Nous
préparons Saint François d’Assise depuis septembre. En fait, nous ne
faisons pas seulement ça. Nous avons dans notre paroisse une messe
de jeunes de 14 á 35 ans. Ils préparent toute la messe et l’animent au complet
incluant les chants. À l’intérieur de ces messes notre groupe met des fois
l’Évangile en scène.
Cette année, pour la première fois, ils nous ont demandé plus que la
Nativité.
Par exemple nous avons mis en scène la Parabole du Pharisien et du Publicain,
mettant en parallèle une version proche de l’évangile et une version actualisée.
D’autre évangile était celui de la Sainte Famille après Noël.
Cela nous a ralentis un peu dans notre préparation de la mise en scène de la vie
de Saint François d’Assise, mais c’était très important.
Quand allez-vous présenter votre Saint François d'Assise?
Nous avons envisagé le 24 mai. René Laprise m’a même demandé de téléviser ça,
avec Canal Vox.
Il fait le tour de tous ceux qui ont gagné des prix Meritas (notre groupe
a gagné un prix l’an dernier), il fait des entrevues … et il filme les gens en
action.
Ils ne vont pas montrer toute la pièce, mais ils vont le filmer au complet pour
ensuite choisir la meilleure partie.
Votre lieu, votre
paroisse, c’est Saint-Pierre-Chanel?
Oui, mais depuis quelques années ma paroisse fait partie d’une unité pastorale
qui comprend Saint Stephens, Notre-Dame-de-la-Guadeloupe, Saint-Raymond et
Saint-Pierre-Chanel.
Puisque la pastorale d’enfants me tient beaucoup à cœur je me suis toujours
impliquée dans la messe familiale qui avait lieu à Saint-Pierre-Chanel une fois
par mois. Avec la naissance de l‘unité nous avons jumelé les 2 messes offertes
chez nous et à la paroisse Saint-Raymond et pendant six mois j’ai pris la
responsabilité de l’animation des messes familiales tenues à l’église
Saint-Raymond. Malheureusement les enfants de Saint-Pierre-Chanel ne venaient
pas tous assister à cette célébration. Après six mois, je me suis dit : Non. Ça
ne suffit pas. Avec ça je ne peux pas nourrir les enfants de toutes les
paroisses de notre unité. J’ai donc proposé d’initier « La Liturgie de la Parole
pour enfants » dans toutes les paroisses, et ça chaque dimanche matin.
Le déroulement est comme suit : Nous sortons les enfants au début de la messe.
Nous partons avec le livre de la Parole de Dieu, que le président de l’Assemblée
nous transmet avec quelques mots au début de la célébration, et nous revenons
après les prières universelles.
Pendant l’animation, nous abordons l’évangile du dimanche, adapté au niveau des
enfants. Ça se fait dans un petit local à part. Nous sommes avec l’assemblée
pour la consécration. Il y a d’autres paroisses qui gardent les enfants à part
tout au long de la célébration, mais ca dépend un peu de l’âge des enfants. S’il
y a des enfants qui sont déjà allés à la première communion ils devraient être
présents à la consécration.
À Saint-Raymond, on s’est aperçu que la plupart des enfants ne venaient pas à
l’église. Les familles habitent trop loin, dans le quartier du Plateau. De là
l’idée est née de faire quelque chose au Plateau. Ils ont demandé à la ville de
louer la salle communautaire (145, boulevard de l’Atmosphère) pour célébrer de
nouveau une messe familiale chaque dimanche après-midi.
C’est maintenant une nouvelle communauté qui fait partie de l’ancienne unité de
l’Eau Vive, entre-temps devenue la paroisse « Notre-Dame de l’Eau Vive ». Cette
dernière est formée des quatre communautés : Notre-Dame de la Guadeloupe,
Saint-Pierre-Chanel, le Plateau et Saint-Raymond.
Je m’occupe de la pastorale des jeunes. Mais celui qui est le plus important de
tous les projets est celui des Étoiles de Dieu. Cette activité a pour but :
1) d’évangéliser les enfants et 2) d’évangéliser d’autres personnes à travers
nos mises en scène.
Nous allons dans les foyers. Nous allons dans les écoles. Nous allons où l’on
nous demande.
Par exemple, nous présenterons bientôt un spectacle à la Résidence Notre-Dame,
où vivent des Sœurs de la Charité ainsi que notre Archevêque Mgr Ebacher. Elles
nous ont invités pour une fête d’anniversaire de vie religieuse.
Comme les enfants doivent en ce moment mémoriser Saint François d’Assise,
nous présenterons la pièce Louez Dieu un peu modifiée dans le sens que
nous lirons quelques textes au lieu de les dire par coeur. Mais, cela n’enlèvera
pas au spectacle sa beauté, il y a beaucoup de chants et de chorégraphies et le
décor et les costumes n’ont pas été changés.
C’est une véritable troupe. Vous avez des costumes, vous avez du monde qui
travaille avec vous pour ça.
Au début, il y avait beaucoup de monde qui s’impliquait. C’était nouveau. Tout
le monde était enthousiaste. Après 4 ans le nombre de bénévoles a un peu diminué
en ce qui concerne les parents, mais heureusement il y a encore des paroissiens
et les membres de l’Élap (Équipe locale d’animation pastorale) qui nous donnent
toujours un coup de main.
Il faut aussi dire que spécialement à Saint-Pierre-Chanel il y a beaucoup de
communautés d’Haïti … du Burundi, du Rwanda, de la Colombie etc. Donc, la
plupart des membres du groupe sont maintenant les immigrants. Il reste deux
Québécoises dans mon groupe.
C’est la même situation pour « La liturgie de la Parole pour enfants ». Il y a
très peu de Québécois qui y participent.
Connaissez-vous la
raison de ce changement?
La vie est trop belle pour eux. Ils ne voient pas la nécessité de chercher le
bonheur dans l’église, dans une vie avec Dieu. Les derniers enfants qui ont
quitté le groupe, les parents m’ont dit : « Nous préférons passer les samedi
après-midi en famille. »
Les Immigrants ont aussi
une vie de famille …
Mais les Québécois sont plus riches. Ils peuvent se permettre de faire toutes
sortes d’activités. Du ski, du patin …
Les immigrants n’ont pas les moyens, donc ils n’ont pas beaucoup d’activités.
C’est comme les Béatitudes. Les plus pauvres sont plus ouverts pour accueillir
la Parole de Dieu. Et il y a aussi un autre aspect : les immigrants viennent
souvent des pays qui sont très catholiques. Ça fait partie de leur vie,
l’activité religieuse.
C’est une belle façon de s’intégrer aussi à leur nouvelle société.
Oui. Il faut dire ça aussi.
Ce qui est important dans le programme, c’est, premièrement d’évangéliser les
jeunes. Leur donner le goût de la Parole. Le goût de feuilleter la Bible.
Mais la mise en scène de la Bible permet aussi de les valoriser. Chacun a son
talent et si on le met en évidence dans une représentation on leur donne
confiance en eux-mêmes.
Nos rencontres commencent toujours avec une prière. On varie. Actuellement, les
enfants apprennent la prière de saint François d’Assise. La prière de la paix.
Et nous finissons également avec une prière, des fois la même, des fois le
« Notre Père » ou le « Je vous salue Marie ».
Cette année, je commence avec une prière ouverte. Chacun peut dire à Dieu ses
demandes et ses remerciements. On prend le temps. Je prends du temps pour que ça
soit bien approfondi.
Puis nous travaillons sur la mise en scène. Dans le cas de l’histoire de saint
François tout est basé sur les biographies, mais puisque sa vie religieuse a été
basée sur la Parole nous feuilletons souvent la Bible, lisons et interprétons
celles citées dans les biographies.
Pour moi c’est plus important d’approcher les enfants de la Parole que de
préparer la représentation, mais pour eux, naturellement, la représentation est
plus importante, parce qu’ils sont valorisés, ils sont fiers devant leurs
parents. En autres mots, la représentation est un bon moyen de les exposer à la
Parole de Dieu.
Quand nous parlons de présenter une mise en scène à l’extérieur, parfois c’est
difficile. Les enfants disent : « Non, pas dans mon école! » Ils ont peur.
Ils ne veulent pas être identifiés.
Ça c’est le monde d’aujourd’hui. Qui est encore connecté avec Dieu?
La moindre catastrophe, je suis certaine qu’ils vont revenir. Ils ont la vie
trop facile, trop confortable.
Être obligé de réécrire dans d’autres mots des textes, c’est une bonne façon de
comprendre et d’apprendre des récits …
Oui. On approfondit. Pour qu’une scène soit parfaite il faut souvent l’expliquer
à plusieurs reprises, des fois en utilisant d’autres paroles. Les enfants
doivent s’identifier avec leur rôle. Je pense c’est un très bon moyen de faire
connaissance avec Dieu.
Moi aussi, ça a une influence sur moi, je grandis avec ça aussi, j’apprends avec
les enfants.
C’est vous qui avez
choisi le thème de saint François?
Oui. Au début nos mises en scène étaient des épisodes de la Bible, comme la
Pâque juive et la Nativité.
Après, nous avons écrit une pièce sur les Exclus dans le temps de Jésus et à
notre époque. Ça, ils ont beaucoup aimé. Dans un certain sens c’était facile
pour eux parce que quelque part ils vivent aujourd’hui l’exclusion comme
immigrants et/ou catholiques pratiquants. Ils ont eu l’occasion d’exprimer leurs
propres expériences et ils n’ont pas eu de problèmes à comprendre l’exclusion
dans le temps de Jésus.
Puis j’ai entrepris « Louez Dieu comme les enfants » pour apprendre les
Psaumes aux enfants. La prière des Juifs. La prière de Jésus. C’est un dialogue
entre une personne, appelé Psaume, et les enfants. Les enfants
demandent : « C’est quoi, ça, un psaume? C’est quoi, louer Dieu? » Et Psaume
leur donne les réponses. Les enfants embarquent. Et ils incarnent les louanges
chantées et dansées.
J’ai fait deux pièces avec ça : Louez Dieu I et II.
Mais cette année, je me suis dit : Je ne peux pas toujours faire la même chose.
Il existe encore les suites III, IV et V, ça vient de la Belgique en passant,
mais c’est certain que je reviendrai là-dessus.
Il y a des programmes
déjà bâtis …
J’ai eu des cassettes. Je les ai écoutées et tout mis sur papier. J’ai essayé
d’obtenir les partitions de la musique parce qu’il y a des fois plusieurs voix,
mais malheureusement je n’ai pas réussi.
Les chants que vous
chantez viennent de ces cassettes-là?
Oui. Les chants des deux pièces viennent de cette cassette-là.
De Belgique.
Oui, mais j’ai eu la chance qu’au début quelqu’un m’a passé la cassette pour la
première partie. La deuxième j’ai pu dénicher dans une librairie religieuse,
mais lorsque j’ai essayé de faire venir le reste de la Belgique j’ai eu beaucoup
de problèmes.
Vous avez gagné un prix Meritas pour toutes ces pièces.
Oui, mais pas seulement pour ça. Je dirai généralement pour l’engagement à
répandre la Bonne Nouvelle.
Par exemple je me suis impliquée dans le quartier Daniel-Johnson. C’est un
quartier défavorisé en bas de la côte Mont-Bleu. Il y a beaucoup d’appartements
à prix modiques. Il y a beaucoup d’immigrants.
Vous êtes présente dans
ce quartier-là?
J’ai commencé l’an passé, en janvier. Je voulais créer un deuxième groupe dans
ce quartier. Il y a un centre communautaire et il y a une maison communautaire,
qui est un appartement avec deux ou trois chambres.
Il y a cinq enfants qui viennent de ce quartier à Saint-Pierre-Chanel et ils
doivent toujours monter la côte. Ca aurait été plus facile pour eux si j’avais
pu offrir nos rencontres proches d’eux dans un de ces lieux communautaires.
Il y a un groupe là-bas?
Ce n’est pas nécessairement lié à l’Église?
Je voulais installer un groupe là-bas. Mais, aujourd’hui c’est très difficile
d’offrir une activité à caractère religieux dans un établissement qui appartient
à la ville et le fait que les enfants de ce quartier viennent de partout du
monde ils ont des croyances très différentes. En d’autres mots la ville ne veut
et ne peut pas favoriser une religion. Dans la maison communautaire, ça aurait
été trop petit de toute façon, mais ils sont actuellement en train de construire
une grande maison.
Je continue malgré tout à donner mon temps aux habitants du quartier. J’aide les
enfants pour les devoirs et je travaille en particulier à un projet pour la
Semaine contre le racisme, une petite fête multiculturelle. Là encore j’ai vécu
un petit échec, mais en rétrospective je dirais que tout ce que nous faisons
là-bas, c’est au moins de la pastorale sociale.
Notre groupe avait offert de chanter les chants de notre pièce « Louez Dieu »
lors de la fête multiculturelle qui a lieu depuis quelques années à l’école
Saint-Paul, sur la rue Isabelle. Ils l’ont refusé, mais ils m’ont demandé si
nous ne pourrions pas chanter autre chose, ce que nous avons finalement fait.
Nous avons choisi des chants de divers pays, en tout dix, et avec ces chants,
nous avons « embarqué » les enfants qui étaient venus à la fête. Quelques
semaines avant j’avais en plus fait un petit projet avec la classe d’accueil à
l’école Saint-Paul. La classe d’accueil c’est pour les enfants immigrants qui ne
parlent pas français. Je leur ai demandé de faire des dessins de quelque chose
de typique de leur pays d’origine. Le jour de la fête nous avons montré leurs
chefs-d’oeuvre à tous les enfants et leur avons demandé de deviner : de quel
pays il s’agit. Le premier qui avait donné la bonne réponse recevait un prix.
Ça a été une belle coopération avec l’école.
Cette année l’école va faire son propre kiosque et notre troupeau va juste
offrir de nouveau l’animation musicale. C’est la deuxième fois que nous y
participons activement. Évidement ça aussi prend du temps à préparer et
pratiquer pour la préparation de notre pièce principale, « La vie de Saint
François d’Assise », mais ce n’est pas du temps perdu bien entendu.
Récemment je suis tombée sur un article d’un cardinal autrichien. Ça m’a
vraiment frappé. Il disait entre autres : si on fait de belles choses dans sa
paroisse, on risque de s’enfermer, de former un cercle … Il faut aller vers
l’extérieur. Il donnait un exemple. Après la messe, au lieu de faire un café,
ils ont installé une tente sur la rue et ils ont invité les gens qui passaient à
y entrer et prendre le café avec eux.
Ça m’a donné l’idée de faire la prochaine représentation à l’extérieur pour le
public. C’est planifié. Ce sera devant le centre diocésain.
Mon rêve serait d’aller encore plus loin et présenter quelque chose dans un
centre commercial, comme les Galeries de Hull.
À l’école, pour le moment nous avons fait des représentations de la Nativité,
une journée. Premier cycle et deuxième cycle du primaire. Pour le premier cycle,
ça s’est bien passé. Avec le deuxième cycle, les enfants ont vécu ce que veut
dire : être un témoin de Dieu. Les enfants (4e, 5e et 6e
années) se sont moqués des costumes, ils ont fait des jambettes … ). À partir de
là, ça a été plus difficile de dire : on va aller à l’école.
Pour revenir au quartier Daniel-Johnson, pourquoi je me suis engagée là? C’était
pour établir un autre groupe. Là, ça ne marche pas, j’ai essayé de contacter
l’école Saint-Paul. J’ai offert mon programme. J’ai dit : ce que je fais, c’est
catholique, mais pour les enfants, c’est formidable, il n’y a pas seulement
l’enseignement religieux, ils en profitent sur plusieurs volets. Ils développent
leurs talents, leur confiance en eux.
La directrice voulait soumettre le projet au comité d’établissement. Le
ministère de l’Éducation du Québec permet qu’il y ait des groupes comme le nôtre
en dehors des heures de classe. Mais ça a été reporté constamment.
Nous avons fait autre chose, aussi. En lien avec les paroles de notre
représentation Louez Dieu! Nous avons monté une exposition. Suivre
Jésus. Pourquoi? Quand? et Comment?
Nous avons abordé plusieurs Paroles en contexte. Les enfants ont fait des
dessins. Ensuite, on s’est assis avec les enfants et on leur a
demandé : Qu’est-ce que tu voulais dire avec ton dessin?
On a écrit ce qu’ils ont dit sous leurs dessins. C’était incroyable, un vrai
trésor à découvrir, à voir leur interprétation de la Parole. C’est une autre
façon d’approfondir la Parole, de revenir sur la Parole. La mise en scène c’est
une façon de revenir tout le temps sur ce qu’on a déjà dit …
Où a été présentée cette exposition?
À la paroisse, avec la représentation. Puis on l’a installée au centre
diocésain, parce qu’il y a beaucoup de groupes qui passent par là.
À part cette exposition, nous avons fait deux autres choses :
1) Une journée de pastorale familiale.
Pour la journée de pastorale familiale, nous avons commencé avec une belle messe
familiale. C’était planifié à l’extérieur de l’église, mais il faisait trop
chaud ce dimanche. Donc, nous avons tout réorganisé le matin, mais d’une manière
un peu différente. Par exemple l’autel était une simple table, les gens étaient
assis sur les chaises etc. La messe a été suivie d’un repas-partage (les gens
sont venus avec leur petit pique-nique), puis nous avons fait un jeu autour
d’une parole, la pêche miraculeuse. Les enfants ont fait l’expérience de la
déception et de la confiance en Dieu. À la fin nous avons présenté la pièce
« Les exclus dans le temps de Jésus et d’aujourd’hui ». On a appelé ça journée
de pastorale familiale parce que les familles venaient avec les enfants. Dans ce
cadre il y avait un gâteau biblique. Il fallait trouver des ingrédients du
gâteau qui se trouvaient dans différents chapitres de la Bible.
Mais dans la bible que nous avions choisie pour la préparation des gâteaux,
l’huile n’était pas mentionnée. Alors nos gâteaux, 12 en tout, nommés selon les
douze apôtres, étaient très sucrés mais un peu secs!
2) À partir de là j’ai eu l’idée d’un repas biblique, un repas de huit plats!
J’avais reçu comme cadeau ce merveilleux livre qui ne contient que des mets
préparés avec les ingrédients mentionnés dans la Bible et puis je les ai essayés
et ça goûtait bon. Nous l’avions offert à notre prêtre modérateur Mgr
Jean-Charles Dufour lors de son quarantième anniversaire d’ordination
sacerdotale. Nous étions 12 fois 7. Le tout commençait avec une représentation
et puis pendant que les plus grands servaient les plats, les invités devraient
trouver les paroles en lien avec les ingrédients. C’était une très belle soirée
à part des problèmes avec les micro-ondes qui faisaient sauter les fusibles.
Qu’est-ce que vous envisagez pour l’an prochain?
J’aimerais continuer avec la vie des témoins de la foi. Peut-être Thérèse de
Calcutta ou Élisabeth Bruyère.
Vous vous êtes inspirée des travaux d’Alain et Marion Combes?
Oui. C’est un couple en Belgique. Ils ont mis en scène plusieurs choses. Ils ont
fait des merveilles. J’ai toujours suivi leur développement sur Internet. Ils
ont aussi publié plusieurs livres.
Entre autres ils ont proposé le chœur parlé. Il y a plusieurs groupes qui
récitent la Parole de Dieu d’une façon répétitive avec l’intonation qui renforce
le message. Par exemple, dans le récit de la tempête apaisée. En mettant
l’intonation voulue dans la répétition, qui va en croissant : « Et le vent … et
le vent …ET LE VENT … » on est davantage à l’écoute, on est touché plus
profondément.
Je voulais utiliser cette idée pour l’évangile de la Nativité, mais je n’y
arrivais pas. J’avais intégré des explications. J’essayais de faire comprendre
davantage. Je n’aurais pas dû, parce que l’explication c’est le rôle de
l’homélie.
C’est certain, que je l’essayerai de nouveau un autre jour pour une autre
parole.
Il y a encore tant de chose à faire. J’espère qu’il me reste encore assez de
temps pour les réaliser.
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