L'expérience des camps de jour

à Ste-Rose-de-Lima et St-Antoine-de-Padoue

 

Yves-Alain Lavoie est père de famille. Il a deux petites filles, de 11 et 8 ans. Il est marié depuis 13 ans.

 

Il a obtenu un Baccalauréat en théologie de l’Université Laval, à Québec. Il a suivi des cours en exégèse et en pastorale.

 

Il vient de la région de la rive sud de Montréal. Il a transité par Québec, où il a rencontré son épouse. Il vit dans l’Outaouais depuis une dizaine d’années.

 

Il a fait un an en pastorale à Québec, et a été deux ans au centre de formation chrétienne Agapè.

 

Il est membre mandaté de l’équipe de pastorale et ministre extraordinaire du baptême.

 

En 1999, la paroisse où il est a vécu une grande réflexion. Un énoncé de mission a été établi, qui mettait l’accent sur les jeunes, les jeunes familles. La paroisse connaît un boom de construction. Elle « a une nouvelle rue à tous les mois ».

 

Deux communautés : Sainte-Rose-de-Lima et Saint-Antoine-de-Padoue (Val-des-Monts) forment l’Unité pastorale Saint-Antoine Sainte-Rose. La population est environ de 28 000 personnes à Gatineau (Sainte-Rose)  et environ de 7 000 à Val-des-Monts (Saint-Antoine).

 

L’expérience des camps de jour

 

Après plusieurs années d’accompagnement d’enfants, avec des petites rencontres d’une heure et demie à deux heures, les fins de semaine ou un soir de semaine, beaucoup de parents signifiaient leur essoufflement. Ces rencontres s’ajoutaient aux devoirs et aux loisirs des enfants.

 

Un été, Yves-Alain prend la Revue de Gatineau. Il lit un article sur le manque de place dans les camps de jour de la ville.

 

Ça lui est resté dans l’idée. Il a pensé faire d’une pierre deux coups.

 

Il a pensé que pour une semaine de camp de jour, après un mois de vacances, les jeunes seraient réceptifs.

 

Il a réuni une ancienne agente de pastorale en milieu scolaire, une maman, une jeune ado et ensemble ils ont conçu un projet pilote de camp de jour d’été avec premier pardon et première communion.

 

Un camp de jour signifie que les jeunes restent la journée, mais ne couchent pas. Ce n’est pas une colonie de vacances.

 

La communauté avait commencé à organiser pour tous les sacrements des rencontres d’information et de réflexion.

 

Yves-Alain a demandé à une telle rencontre si des gens seraient intéressés à son idée d’un camp de jour. Sur 60 personnes présentes, la moitié ont levé la main.

 

L’été d’après il a proposé le projet, en limitant le nombre, juste assez pour financer le projet et payer un salaire aux ados qui y travailleraient.

 

Il a établi un prix, en se basant sur le plus bas prix pratiqué dans les camps existants : 85 $ pour une semaine.

 

Il y avait quatre démarches possibles pour la préparation de la première communion et du pardon. Le camp de jour était l’une des quatre.

 

Ils ont commencé à l’été 2001 avec 23 enfants. En 2002 ils ont eu 56 inscriptions, en 2003, 89, en 2004, 114, en 2005, 110, en 2006, 87.  (En 2006, le camp avait été réduit de trois à deux semaines).

 

C’est la démarche qui connaît le plus de succès. Sur 145 enfants qui s’inscrivent chaque année environ, il y en avait 110 en 2005 qui avaient choisi cette démarche.

 

Il y a un phénomène que les responsables n’avaient pas prévu : les gens, les parents, les enfants, se parlent entre eux sur la rue. « Où as-tu inscrit tes enfants cette année? » « Cette année, ma fille fait un camp de jour de premier pardon/première communion ». « C’est quoi cette affaire-là? » « Ils aiment ça, ils sont tous enchantés … »

 

(Yves-Alain nous montre un paquet d’évaluations qui sont entrées … toutes positives).

 

Les parents trouvent que cela permet aux enfants de s’immerger dans une démarche religieuse et d’en saisir le sens.

 

Les enfants cette année avaient entre huit et seize ans.

 

Yves-Alain envisage d’organiser un camp d’une semaine avec des enfants qui ont déjà fait la démarche, pour vivre autre chose.

 

Cela pourrait être un camp de profession de foi, un camp biblique …

 

Le camp comprend des loisirs, de la catéchèse, des petites liturgies, des fêtes, des réflexions, des partages, des temps de prière (matin, soir, avant les repas). Pas des prières d’une heure …, c’est deux ou trois minutes, puis on augmente …

 

Les deux semaines sont partagées. Une semaine à Sainte-Rose, une semaine à Saint-Antoine. À Sainte-Rose, on utilise le sous-sol de l’église. À Saint-Antoine, ça se passe au centre communautaire de la municipalité.

 

Scénario de la semaine en gros :

 

  • Premier avant-midi : on s’apprivoise. Il y a un jeu de connaissances. Un jeu pour trouver ton équipe. Les enfants sont répartis par équipes de huit. Ils ont un animateur jeune. (Cette année, la plus jeune animatrice avait 15 ans, et la plus vieille, 21 ans). (Les années passées, il y avait beaucoup de garçons animateurs, mais cette année les garçons étaient partis à l’extérieur, pour étudier. Mais Yves-Alain considère essentielle la présence des garçons. Pour les garçons, pour donner une image, il est important d’avoir des garçons de 16 ans, qui sont capables de témoigner de leur foi.)

 

  • Premier après-midi : renouvellement des promesses de baptême. Les jeunes sont invités à s’approcher d’un bassin (les « fonts baptismaux »), où on leur plonge les mains, pendant le déroulement d’un chant. Ce geste les impressionne beaucoup. La plupart ont très peu fréquenté l’aspect liturgique de l’église. YAL indique que l’on veut « faire vivre » plutôt qu’expliquer. « De toute façon on perd notre monde à vouloir tout expliquer ».

 

  • Deuxième jour : on entreprend la catéchèse, et le soir les enfants vivent leur sacrement du pardon. Certains prêtres qui viennent de l’extérieur sont étonnés. Ils disent que dans toute leur carrière de prêtre, ils n’ont jamais vu des enfants aussi bien préparés. Yves-Alain insiste : « Ce n’est pas moi, ce sont des jeunes qui les préparent ». 

 

  • Le troisième jour commence la catéchèse sur l’Eucharistie. L’après-midi est consacré à une sortie.  Animateurs et enfants visitent la cathédrale Notre-Dame d’Ottawa et par la suite se rendent à une piscine pour la baignade.  L’équilibre entre l’intellect et le corps est important.

 

  • Le quatrième jour la catéchèse se poursuit. Les enfants plantent un arbre souvenir sur le terrain de la paroisse près de l’église.  Cet arbre devient signe de leur vécu et de leur appartenance.

 

  • Le cinquième jour on propose aux enfants un visionnement de la dernière Cène, de la Passion et de la Résurrection de Jésus.  Les enfants font un pèlerinage autour de l’église : ils s’arrêtent à l’église, à la chapelle, au Calvaire du cimetière et à la Croix de chemin; à chaque endroit on pose un geste signifiant.  Puis les enfants sont conviés à un repas de fête avec rappel de la dernière Cène et à une dernière catéchèse.

 

Est-ce que les animateurs sont payés? Oui. Yves-Alain tient à ce qu’ils soient bien rémunérés, pour avoir le goût de revenir. D’autant plus que pour certains, ce camp constitue leurs revenus de l’été.

 

Le camp s’autofinance. Il fait même un léger profit. L’autofinancement est une règle dans la communauté. La communauté n’a plus les moyens de soutenir des projets. L’accroissement de la population à Sainte-Rose fait que le taux de pratique religieuse est tombé à 2 %.

 

Est-ce que des enfants d’autres paroisses participent au camp? Très très peu. Peut-être 5 enfants en tout, par année.

 

La catéchèse vécue est une « catéchèse du Kerygme », de la première annonce. Les enfants arrivent à la maison et disent : « Maman, écoute ce que j’ai vécu ». Le camp fait appel à beaucoup de chants, des chants vivants, des chants de louange – du groupe EXO, Jeunesse en mission – un peu style gospel ou pop chrétien. Yves-Alain conseille : Allez sur le site Music Paradise sur Internet. Les enfants chantent avec des gestes. Yves-Alain raconte que trois enfants de Val-des-Monts un soir ont repris ces chants-là dans la piscine extérieure, spontanément.

 

Note importante : les animateurs jeunes font la différence. « Quand tu as 14 ans et que tu as un enfant de 9-10 ans avec toi, tu as seulement 4 ans d’écart. C’est leur culture, ils ont les mots pour dire les choses à leur façon. »

 

Quelle formation ont les animateurs? Le pasteur, Louis-Antoine, leur donne une formation sur ce qu’est l’eucharistie et le pardon – le pardon abordé au sens humain puis au sens religieux. Louis-Antoine part d’une fête, pour aborder l’eucharistie.

 

Il y a aussi une rencontre de 24 heures – au Jardin du Semeur – avec les jeunes qui vont animer le camp. Là il y a une formation donnée en fonction de leurs besoins. Ce n’est pas toujours en lien avec ce qu’ils vont donner, mais cela vise à les équiper spirituellement. Yves-Alain signale que quand les animateurs s’approchent de Dieu, ils trouvent ensuite les paroles qu’il faut pour transmettre le message voulu.

 

Il donne l’exemple de Michael, qui a commencé très jeune, à 14 ans, après avoir fait le camp à 13 ans. Il avait dit : « Je voudrais être animateur. » Yves-Alain n’était pas trop sûr. Il a décidé de lui donner sa chance. Et Michael a été un « témoin » extraordinaire. Peut-être que dans ses explications il manquait des choses. Yves-Alain s’est dit : Qu’est-ce que les jeunes vont retenir? Les détails, ou le témoignage d’un gars qui essaie de vivre sa foi?

 

Quand des parents lui disent qu’ils ne savent pas quoi dire à leurs enfants, Yves-Alain leur répond que c’est ce qu’ils vivent qu’ils doivent partager.

 

L’équipe prend également des jeunes comme bénévoles dans des rôles de soutien. Le premier été, ils placent les chaises, les fonts baptismaux, ramassent les cahiers, balaient, préparent les tables … Il y a là une première formation. Beaucoup d’entre eux veulent revenir, pour aider.

 

Yves-Alain envisage de jumeler l’an prochain des bénévoles (jeunes) à des animateurs, un à un, pour préparer une relève.

 

Demande-t-on un pré-requis aux enfants? Oui. Ils doivent avoir été inscrits en enseignement religieux catholique à l’école.

 

Après 2008, quand il n’y aura plus d’enseignement moral et religieux à l’école, on leur demandera de suivre un parcours catéchétique. Mais Yves-Alain ne veut pas en faire une obligation. Il insistera fortement, tout simplement.

 

L’âge minimum pour le camp est 9 ans. Mais on accepte parfois un enfant de 8 ans dont un frère ou une sœur a déjà fait la démarche. Il sait qu’il sera bien accompagné par ses parents.

 

L’enfant doit être catholique. Et il doit y avoir au moins une personne adulte qui veuille suivre son cheminement. Il n’est pas nécessaire que ce soit un parent. Un grand-parent, une voisine, une marraine, une tante peut assister aux deux rencontres de parents. L’adulte qui accompagne doit aussi naturellement assister à la célébration.

 

Avant d’arriver au camp, l’enfant doit faire au minimum deux thèmes du cahier Des chemins à parcourir et du cahier Un repas à partager. Et ils doivent avoir parcouru avec les parents trois petits feuillets bibliques, servant à un partage de parole à la maison.

 

Il y a une soirée de parents en mai-juin, en préparation pour le camp.

 

Il songe à une soirée reconnaissance pour cet automne. Pour rencontrer les jeunes avec les parents. Pour avoir aussi les témoignages des parents et des enfants sur la façon dont ça s’est passé à la maison.

 

Les groupes comptent idéalement 40 enfants. Ils sont montés jusqu’à 56, ce qui est trop.

 

La journée se déroule de 9 h à 16 h. Il y a le premier pardon le mardi soir. Normalement la première communion vient le dimanche suivant ou deux semaines plus tard.

 

Il y a un « service d’accueil et de départ » pour les parents qui travaillent. C’est gratuit, pourvu que ce soit pour le travail. Les parents peuvent laisser l’enfant entre 7 h et 17 h 30. Les animateurs se répartissent les matins et les soirs où ils vont rester.

 

Les enfants apportent leur lunch et leur collation pour les quatre premiers jours. Le cinquième jour, il y a un repas de fête : spaghetti et crème glacée. On refait la dernière cène un peu avec eux.

 

Yves-Alain souligne que plus de la moitié des enfants ne savent pas ce que c’est que de prendre un repas à une table avec tous les membres de la famille. Dans l’évaluation à la fin de la semaine, plus de la moitié disent que ce qu’ils ont aimé surtout, c’est le repas de fête. Pourtant, c’est simplement du spaghetti, du pain et du jus de raisin. Mais la consigne est de rester assis une demi-heure. (Avec le lunch, ils restent cinq minutes assis).