La catéchèse parents-enfants

Entrevue avec S. Clémence Giguère, o.p.

Il y a trois ans, le pasteur de l’unité (Jean-Marc Perreault) voulait prendre le tournant qui s’impose actuellement. Sr Giguère, agente de pastorale de l’unité de la Croix, était déjà responsable de la catéchèse selon l’ancienne méthode.

Elle avait enseigné longtemps (au primaire, six ans avant d’entrer dans sa communauté, et autant après). Elle trouvait qu’il y avait un manque. Les catéchèses se faisaient à l’école, mais il n’y avait pas de retour des parents.

Après des études de théologie, Sr Giguère s’est engagée en paroisse. On lui a confié le dossier de la catéchèse, étant donné sa formation et son expérience.

Mais quand est venu le moment de faire le tournant, dit-elle, « il m’a fallu laisser ce programme

à la fin d’août et penser vraiment une nouvelle démarche pédagogique où le parents seraient rejoints. J’avais l’impression de me retrouver devant une feuille blanche. »

Au même moment la responsable du centre diocésain avait invité des personnes qui présentaient une réflexion de l’Office de la catéchèse du Québec : La vie et l’amour selon Jésus. Un petit livre qui est axé sur des thèmes bibliques. Il lui offrait un éventail de thèmes bibliques à présenter avant d’aborder la préparation des sacrements. « Je donnais déjà un bloc de quatre catéchèses bibliques et éveil à la prière aux jeunes qui venaient de terminer la préparation de l’Eucharistie. Je me suis reconnue dans cette démarche. Dans l’espace d’un mois je me surprenais engagée déjà dans cette nouvelle voie parce que je faisais déjà des expériences de ce genre. Je me sentais plus confortable. »

Sr Giguère se dit que ce sont les parents d’abord qui sont responsables de la croissance de la foi des jeunes. Elle monte des séries de catéchèses.

Avant Noël, elle offre quatre catéchèses aux parents à qui elle transmet des habiletés pédagogiques. Par exemple, sur la création, Abraham, Moïse, Jésus-Christ. Le parent redonne chaque catéchèse à l’enfant, à la maison.

Les cours habilitent les parents à donner la catéchèse à la maison. Et quand le parent revient, il fait part des résultats de l’expérience vécue avec l’enfant.

La première année, les parents venus inscrire leurs enfants n’étaient pas très contents de voir que leur enfant aurait durant l’année 15 catéchèses. Sur 35 parents, Sr Giguère est restée avec 27. Elle s’attendait à ce que certains aillent voir ailleurs si la démarche était plus courte.

La deuxième année, elle a eu 32 parents. Cette année (2006-2007), elle en a 43.

Au début, donc, les parents suivent des catéchèses. Cette année, le 5 décembre a eu lieu « l’entrée dans la tradition chrétienne » où on explique le sens chrétien de la naissance de Jésus. Les enfants sont invités à partager leurs talents et à rendre le monde meilleur. À l’intérieur de la préparation à la naissance de Jésus, les enfants apportent divers instruments de musique et participent avec leurs parents aux chants traditionnels. Surprise! Les enfants avaient invité des amis avec leurs parents.

Les enfants peuvent inviter des gens de l’extérieur. Sr Giguère fait participer les parents, par exemple pour incarner un prophète. L’entrée dans la tradition chrétienne remonte au récit de la création. Elle a fait par exemple un récitatif biblique sur la création avec les enfants. On rend grâces à Dieu. Elle fait entrer les prophètes, pour présenter le Jésus de la promesse. Elle fait intervenir les parents pour cela.

Les parents participent. Une mère joue le personnage de Marie.

Sr Giguère explique le rôle de chacun, en faisant appel aux étoiles.

Cette rencontre est très significative, parce que pour beaucoup de parents l’histoire se résume à la naissance de Jésus.

L’étoile que chaque enfant reçoit, il la met dans l’arbre à la maison, pour se rappeler la fête à laquelle il a participé et surtout pour penser que Jésus est vraiment présent dans les familles par sa paix, sa joie, son amour qu’il répand.

Les enfants qui prennent part à ces catéchèses ont entre 8 et 13 ans. Parfois 14 ans. Sr Giguère souligne que les parents en général sont très cultivés.

Sr Giguère signale que c’est tout un défi de se retrouver un soir devant 45 parents et de leur parler d’une expérience de vie, sans les connaître. Il y a beaucoup de personnes en situation monoparentale, et il y a plus de pères présents aux rencontres.

Elle dit qu’elle prie beaucoup pour la réussite de ces rencontres (elle va chez les Servantes de Jésus-Marie).

Les parents se demandent pourquoi on leur donne à eux une catéchèse. Ils s’objectent : je ne suis pas venu(e) ici pour moi, je suis venu(e) pour mon enfant. Sr Giguère leur dit : Ne voulez-vous pas en savoir un peu plus que votre enfant? Il y a tout un passage à faire d’une connaissance à une expérience de Jésus-Christ.

Certains parents sont anxieux. Ils ont l’impression qu’ils ne pourront pas transmettre à leur enfant les connaissances requises. Une dame originaire de Madagascar, par exemple, a exprimé son désarroi à Sr Giguère. Mais après avoir suivi la session, elle était rassurée.

Et il y a la messe des enfants pour Noël. Là, la grande communauté est impliquée. À l’occasion de cette messe, on invite les enfants à s’engager, par exemple en jouant de la flûte, en faisant des bergers, des anges ou des lecteurs.

Là se termine le premier bloc de la catéchèse.

Après les fêtes de fin d’année, Sr Giguère réunit les enfants, six dimanches matins. Cela fait cinq rencontres de catéchèse. Elle a une équipe d’animatrices. L’équipe compte six animatrices, bientôt sept. Sr Giguère souligne que les animatrices ont en réalité dix rencontres, parce qu’elle tiennent à avoir une préparation pour chaque catéchèse. Qui aurait cru qu’un couple partirait de Montréal pour faire participer ses deux enfants à une catéchèse du dimanche matin? C’est le secret d’une grand’mère qui donne son nom aussi pour animer la deuxième partie du cheminement en équipe.

Sr Giguère prépare et forme les animatrices.

Il y a une rencontre tous les quinze jours. Les parents (ou grand-parents) viennent rejoindre les enfants. Sr Giguère insiste que le contenu des catéchèses est quelque chose qui doit être intégré dans la vie. Car il est question d’expérience et non de théologie.

Sr Giguère complète ses préparations par des temps de prière personnelle, où elle cherche comment présenter les grandes réalités de la foi.

Elle a eu par exemple à parler de l’Alliance. Dans sa méditation, elle a relié l’Alliance à la Miséricorde de Dieu. C’est la Miséricorde de Dieu qui permet de demeurer fidèle. Quand elle parle d’alliance aux parents (qui souvent sont des personnes séparées), elle parle de la miséricorde qui transforme ce qui pourrait apparaître comme un échec.

Elle souligne que certains couples séparés se retrouvent ensemble à cause de leur enfant, pour les rencontres, alors qu’elle parle d’alliance et de miséricorde. Elle trouve important de « lire l’événement ».

Elle souligne l’importance des contacts personnels. Elle ou les autres catéchètes appellent les parents un par un. Il n’est pas question de laisser de message sur un répondeur. Et il s’agit de bien plus que de faire connaître l’heure des rencontres.

Sr Giguère mentionne que les jeunes de 12 ou 13 ans, et même plus, ont parfois un peu de difficulté à être acceptés dans les paroisses. On leur dit qu’il est trop tard.

Mais elle, elle les accepte. Elle les groupe ensemble.

Elle offre deux séances le dimanche matin. Les parents et les enfants peuvent choisir.

Mais comment rejoint-elle les parents et les enfants pour leur faire connaître l’existence de ces catéchèses. Il y a bien sûr le feuillet paroissial. Elle obtient de la directrice de l’école la permission d’insérer un avis dans les bulletins qu’envoie l’école. Ce moyen ne sera peut-être plus disponible après 2008. Sr Giguère pense qu’on pourrait utiliser la revue régionale pour faire les annonces.

Comment les pré-adolescents ou les adolescents accueillent-ils les récits bibliques? Est-ce qu’ils se posent des questions sur ce monde un peu magique? Sr Giguère souligne par exemple qu’elle présente le passage de la Mer Rouge en parlant de la marée basse et de la marée haute.

Elle explique aux parents que la Bible n’est pas un livre scientifique. Mais elle souligne qu’en général les parents n’ont pas à se défaire d’une mentalité héritée du passé, puisqu’ils ont peu de connaissances. Ils sont ouverts, mais exigeants. Ce sont des gens cultivés.

Mais pourquoi les gens demandent-ils que leur enfant reçoive un sacrement? La question n’est jamais posée directement.  Selon Sr Giguère, les gens aiment maintenir la tradition chrétienne à laquelle ils appartiennent. Les grands-parents jouent un rôle important à cet égard. Mais il ne s’agit pas seulement de la tradition pour la tradition. Les parents veulent le bonheur des enfants. Ils veulent leur transmettre des valeurs.

Sr Giguère essaie de s’inspirer de l’attitude de Jésus « qui accueillait les gens et ne demandait pas de formule d’inscription ». Elle ne s’en fait pas trop quand des enfants ou des parents s’absentent. Elle les aime, simplement. Ils se sentent libres. Et ils reviennent!

Sr Giguère n’aime pas trop parler de lois. Elle préfère parler d’exigences.  Elle rappelle aux gens que ce sont eux qui ont appelé et demandé à venir. Elle leur présente quelque chose qui n’est pas scolaire. Si durant l’hiver l’enfant et sa famille partent à l’extérieur, il est entendu qu’ils poursuivent la démarche ensemble.

Quant au contenu, elle souligne que les gens veulent des témoins. Ils ne veulent pas quelqu’un qui sait. Ils veulent quelqu’un qui vit. Quelqu’un qui croit vraiment. Elle invite les gens à participer à la prière, elle organise une célébration de la parole. Elle fait entendre une chanson de Robert Lebel sur la Parole, puis leur lit le texte de l’Épître aux Hébreux : La Parole est vivante, elle est tranchante, elle rejoint le plus profond de notre être. 

Elle dit aux gens : « C’est exigeant dans ma vie, moi aussi. Je lisais la Parole de Dieu à 16-17 ans. Jésus disait “ Viens et suis-moi ”. C’était clair pour moi qu’il fallait que j’entre dans la vie religieuse. » Elle ajoute : « Vous voyez comme la Parole peut prendre chair. On est dérangé. Ma réponse, c’est toute ma vie ».

Elle leur souligne que le baptême, c’est la réponse de toute une vie.

Après, elle invite les participants à renouveler les promesses de leur baptême. Les parents, les grands-parents, les amis, sont invités. Elle demande aux parents de dire à leur enfant ce qu’ils ont vécu avec lui depuis sa naissance. Elle leur demande d’apporter le cierge de leur baptême s’ils l’ont encore.

Cette année, elle va proposer de faire un repas-partage après la célébration de la Parole.

Sr Giguère mentionne qu’elle couvre quatre paroisses. Elle se souvient du temps, il y a une dizaine d’années, où seulement à Notre-Dame de Lorette elle avait 50 enfants pour la préparation à la première communion et au premier pardon. Maintenant, elle a 45 enfants pour quatre paroisses. Elle souligne que la baisse est révélatrice, mais qu’il y a dix ans on était encore dans le cadre scolaire.

Elle trouve très beau d’avoir 45 enfants aujourd’hui, et d’offrir 15 catéchèses aux enfants et huit aux parents.

Sr Giguère voit se manifester ce qu’il y a de plus beau dans chaque participant(e). Elle perçoit une communion spirituelle. « On se sent proche. C’est ça, l’Église », souligne-t-elle.

Elle rêve d’organiser une messe familiale avec les personnes qui ont fait un cheminement de ce genre.

Sr Giguère a été active dans la préparation de la confirmation pendant cinq ans. Mais maintenant elle se consacre à la première communion et au premier pardon.

Elle raconte une expérience qu’elle a vécue l’an dernier. Elle avait invité des jeunes à une réunion. Quand elle a vu arriver les jeunes de tous les âges : boucles d’oreille, casquettes, tatouages, espadrilles détachées, elle a été prise de frayeur. Elle se demandait : Qu’est-ce que je vais leur dire? Elle se sentait comme si ces feuilles de préparation étaient toutes parties au vent.

Elle leur a dit : Je ne vous connais pas, mais je veux faire un bout de chemin avec vous. Elle a commencé par un jeu de connaissance bien simple. Certains jeunes trouvaient que c’était un jeu un peu enfantin.

Ensuite, elle a suggéré aux jeunes d’aller rencontrer des gens qui étaient engagés dans des organismes humanitaires. Rencontrer les responsables pour leur demander ce qui les avait amenés à s’engager là-dedans et qu’est-ce que les gens qui sont là leur apportent comme valeurs.

À sa grande surprise, tous les jeunes se sont spontanément préparés à aller visiter des organismes. Dès le premier soir ils avaient un endroit à aller visiter. Beaucoup ne se connaissaient pas, mais ils ont réussi à se parler et à se concerter. Ils avaient un mois pour faire leurs visites.

Sœur Giguère constatait que sa frayeur du début s’était dissipée. Elle se demandait pourquoi elle avait eu si peur. Elle venait de vivre une pentecôte. Au début elle s’était demandé ce qu’elle allait leur dire. Elle constatait que la réalité était l’opposé de ce qu’elle pensait. Elle a vu le travail intergénérationnel de l’Esprit-Saint.

Un jeune en particulier voulait faire un rapport sur les services d’aide aux drogués. Il demande à voir le responsable. Pendant qu’il attend, il se dit : « Mais pourquoi attendre de parler à quelqu’un, puisque j’ai vécu moi-même cette situation. J’ai été deux ans ici. » Il a raconté l’histoire de sa vie. Il a dit à quel point sa vie avait été tourmentée, comment il avait été aidé par des gens qu’il appelait « les anges de Dieu ». Il voulait recevoir l’eucharistie, le pardon et la confirmation. Il avait deux enfants. Ses parents n’étaient pas croyants.

Une dame avait décidé pour sa part de visiter plus souvent sa mère, qui avait la maladie d’Alzheimer.

Sr Giguère leur a fait remarquer l’action de l’Esprit-Saint dans leur vie. Elle part du vécu : « Tu t’es questionné, ton cœur était ouvert au questionnement, tu as été appelé à faire un plus dans ta vie, tu regardes, tu es en train de le faire ».

Elle ajoute : « Quand Jésus est venu sur la terre, il mettait le doigt sur les signes de Dieu à l’œuvre ». Elle évoque l’épisode de la veuve qui donne plus que les riches.

Sr Giguère trouve sa joie, son énergie, dans cette lecture de la nouveauté dans la vie. Elle mentionne que l’expression « rejoindre les gens » la fait sourire : « On pense souvent qu’il faut aller dans tel quartier … rejoindre les gens, c’est être capables de lire la nouveauté dans leur vie. Les gens qui ont pris la décision de suivre la démarche ont pris conscience qu’ils étaient habités par quelqu’un ».

L’organisation de conférences …

À Saint-Jean Bosco, Denise Marleau qui travaillait en pastorale, demandait aux gens quels thèmes ils aimeraient voir abordés dans des conférences. Les thèmes proposés étaient plutôt de nature psychologique.

L’année suivante, Sr Giguère a lancé l’idée d’organiser des conférences au niveau de la foi.

Denis Régimbald a donné deux entretiens sur saint Luc. Il y avait environ 45 personnes.

À la sortie du film de Mel Gibson, La Passion, des questions se posaient : Est-ce que Jésus est venu pour souffrir? Sa passion est-elle la conséquence de mission? Michel Gourgues a donné une conférence sur ce film.

Le Code da Vinci a également suscité de nombreuses questions. Christian Dion donnait à Ottawa une conférence sur le roman, et Michel Gourgues abordait les Apocryphes. Sr Giguère a invité Christian Dion, puis Michel Gourgues à venir parler du Code da Vinci à Saint-Benoît Abbé. Il y avait 140 personnes.

Des projets de conférence? Bientôt, Jacques Gauthier viendra parler de la prière. Élizabeth Lacelle et Sr Giguère donneront un entretien sur Catherine de Sienne. Marie-Paule Roque donnera une conférence sur Sexualité et spiritualité chrétienne. Elle compte aussi inviter le père Michel, de l’Université Saint-Paul, à venir parler de la liberté et de la conscience, et le père Guimond, dominicain, à commenter la phrase de saint Augustin : Aime et fais ce que tu veux.